Les Étangs – écrit par Corinne

1950 – Un petit hameau de province, paisible, près des étangs, envahi d’un champ de coquelicots rouge sang. Un printemps rouge vif, un filet de rivière s’écoulant le long d’une vigne multicolore.

Une barque qui flotte le long d’une digue un peu encombrée de roseaux écrasés au fond de la rivière et entremêlés d’un amas de détritus inhabituel en cette saison. Puis, un cri perçant et un grand plouf, c’est le soir et pas âmes qui vivent pour s’inquiéter de ce bruit effroyable n’émanant pas d’un animal connu en cette région.

Madame Michel, se lève de bonne heure comme tous les jours, enfile son vieux tablier de cuisine rapiécé, pour donner à manger à ses poules. Et comme toujours fait signe en hochant la tête en guise de salut matinal à sa fidèle voisine, la mégère du coin. Elle ouvre toujours ses volets à ce moment précis. Une sorte de vieille fille acariâtre, sorte de grenouille de bénitier, une madame je sais tout, qui espionne tout le monde, et en plus c’est aussi la Bonne attitrée du curé de notre modeste paroisse.

Monsieur Filibert a déjà agrippé sa ligne, et se prépare à pêcher comme toujours près du vieux pont de fer, juste pour passer le temps. Il est accompagné de son vieux chien de chasse qui aujourd’hui aboie comme une furie et s’enfuit vers les étangs à toute volée. Puis on entend un grand “au secours” “à moi ! ”

Mr Filibert est tout pâle, et tire une énorme boule avec sa pagaie vers la berge. On dirait bien un corps ? S’ensuit l’arrivée des gendarmes qui passaient heureusement de ce côté avec leurs vieilles bicyclettes pour surveiller les étangs. Un groupe de curieux s’approchent de plus près pour apercevoir qu’elle est cette chose si extraordinaire : on dirait une femme ! De longs cheveux clairs tout collés sur un corps dévêtu, laiteux et bien fait.

Après quelques questions aux uns et aux autres, personne n’a pu l’identifier, pas de vêtements. Seul un tatouage à l’épaule droite un hippocampe. Après avoir interrogé les habitants des étangs, le camion rouge des pompiers emporte le corps à la ville.

Une fois le calme revenu, et les habitants rentrés chez eux terrorisés, quelque chose intrigue Madame Michel. Elle aperçoit accroché sur un roseau le long du chemin un objet brillant. Un bijou ?

Ce bijou l’interpelle, elle l’a déjà vu, mais où ? Elle est physionomiste, et très attentive au détail. Que fait ce corps en un endroit pareil ? On n’a rien vu, ni remarqué, que faisait par ici cette jeune fille au cours de ces dernières 24 h.

Les jours passent, l’enquête conclue à un suicide, et la jeune intruse n’est toujours pas identifiée, pas une petite du pays, c’est sûr. Mais ce soir en fermant les volets Mme Michel qui s’est bien gardé de parler de sa trouvaille a comme une sorte de flash. Et chose bizarre la bonne du curé, “l’espionne”, ne l’observe plus, ses volets sont clos depuis l’affaire. Soudain, la vision du bijou, lui revient instantanément.

Elle se rappelle l’avoir vu, lors d’une fête du village porté par, “mais oui, j’en suis sûre !”

Madame “l’espionne”, devait donc connaître la jeune fille. Le jour du dernier bal du village, elle portait à son cou, ce fameux collier, caché sous son corsage blanc, mais avec son œil aiguisé, elle l’avait remarqué. Elle s’était permise d’aller la complimenter, juste pour savoir d’où venait une telle merveille. Un cadeau lui revenant d’un héritage, mon œil ! Elle n’a pas de famille, et pas un sou, elle vivote de ses ménages auprès de Monsieur le curé son amant.

Ici, tout se sait, rumeur, potin, c’est la mère Duchemin, qui l’a vu un jour sortir de l’office, très tard toute ébouriffée et toute retournée, la jupe sans dessus, dessous. Et bizarrement depuis le décès de la jeune fille, elle ne se montre plus à la fenêtre, que cache t-elle ?

Madame Michel, se décide enfin à se rendre chez cette voisine qui l’intrigue de plus en plus, même si elle doit se faire rabrouer, car elle a quelque chose d’intéressant à lui montrer qui la concerne.

Elle toque, pas de réponse, avec son livre sous le bras emprunté à la bibliothèque, elle insiste.

“Est-ce que le saphir de l’empereur Ming vous dit quelque chose ?” Soudain la porte s’entrouvre, une femme dépitée, le teint pâle lui fait signe de rentrer sans bruit.

  • Madame, je pense que ce bijou, est la clé de ce meurtre, et ce livre en ait la preuve. Regardez cette photo, c’est un livre documentaire sur les bijoux ayant appartenu à la famille de l’empereur Ming disparu en….

  • Taisez-vous, oui j’avoue tout, je n’en peux plus de ces mensonges qui me ronge depuis 18 ans. La jeune fille décédée était mon enfant, et celui de Monsieur le curé, le collier je le lui est donné pour acheter son silence, car elle menaçait de dire à tout le village ses origines. Que je l’avais abandonné à sa naissance et je n’avais aucun bien plus précieux à lui offrir. Mais je jure je ne l’ai pas tuée . Je suis maudite pour l’éternité de mon péché, et rien ne pourra apaiser ma peine.

Sans un mot, je compatis à sa douleur, et jure de ne rien dire pour l’instant sur l’histoire du collier. Il est tard, je retourne à ma demeure quand tout à coup une main m’attrape par le col de mon tablier, et me tire jusqu’à l’étang, je m’accroche à une vieille branche, et avant de tomber dans l’étang arrache à mon agresseur un crucifix en pendentif. Le chien de Monsieur Filibert me sauvera la vie en aboyant de toute ses forces et en faisant fuir mon agresseur.

Monsieur Filibert, attiré par les aboiements m’aide à sortir de ces eaux glaciales, il s’en est fallu de peu. Appelons les gendarmes ai-je le courage de dire avant de m’évanouir. Une fois mes esprits retrouvés, sur le lit d’hôpital, je demande à être interrogée sur l’affaire non résolu.

Le chef de la gendarmerie m’écoute, prend note.

- Je sais qui est l’assassin de la jeune fille » Toute l’équipe reste suspendu à mes lèvres.

Monsieur le curé ! J’en suis sûre, ma preuve, ce crucifix arraché à celui qui a voulu me faire taire, et qui est gravé à son nom. Cette morte était sa fille, et elle détenait un collier qui lui appartient. Ce fameux collier qui a été volé il y a dix huit ans au musée de Paris par un gang mystérieux. Or seul un voleur de bijoux précieux pouvait posséder une telle rareté. Si quelqu’un l’avait identifié, on aurait su qu’il appartenait à Monsieur le curé, qui faisait parti sûrement de ce gang.

On découvrira après enquête qu’il était le chef d’un gang tous arrêtés à Fresnes depuis. Ce faux curé avait débarqué dans le village il y a dix huit ans après la noyade de notre vieux curé un jour d’hiver, il se cachait donc sous une fausse identité.

Il ne pouvait vendre le butin volé qu’après un délai de prescription de 20 ans, et il devait trouver une identité parfaite, loin de tout soupçon. Il s’était imprégné de son personnage à la perfection, puisque les gens du village l’appréciaient, malgré ses beuveries récurrentes lors de festivités. Il était un prêtre, assez austère et solitaire, nul n’aurait douté de cet homme.

Pauvre enfant, il n’a eu aucune pitié, ni amour. Elle était trop encombrante, la malédiction du bijou indiqué sur les livres l’avait suivi, quiconque le portait, soit périssait, soit était accablé d’une peine éternelle. Quand à sa mère elle a suffisamment de remords et de souffrance, sa punition sera sans fin. Je ne pense pas qu’elle était au courant de la valeur de ce collier. Elle l’avait emprunté à son amant juste pour avoir un gage de son amour.

Moi qui pensait que c’était une voisine quelconque à l’affût du commérage.

“Il faut toujours se méfier de l’eau qui dort.”

Les étangs retrouvèrent leur silence, Monsieur Filibert partait à sa pêche quotidienne. Madame Michel à sa petite vie tranquille, quand ?

Mais Monsieur Filibert que faisait-il lui aussi à cette heure aux bords des étangs ? C’est lui qui a trouvé le corps de la jeune fille, c’est lui qui m’a sauvé la vie. Aurait-il un lien avec Monsieur le curé dit Jojo la fouine. Qui est-il ? Il est arrivé à la même époque, et personne ne sait rien de son passé…

Corinne – janvier 2012

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

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